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Que vaut Berkshire Hathaway sans Warren Buffett ?
#173 Notre analyse fondamentale de Berkshire Hathaway
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Que vaut Berkshire Hathaway sans Warren Buffett ?
Depuis plus de 60 ans, Berkshire Hathaway occupe une place à part dans l’histoire du capitalisme moderne. À l’origine simple entreprise textile en difficulté, reprise en 1965 par Warren Buffett, elle s’est transformée en un groupe tentaculaire, présent dans l’assurance, l’énergie, le ferroviaire, l’industrie et les marchés financiers.
En février 2026, Berkshire dépasse les 1 100 milliards de dollars de capitalisation boursière et figure parmi les dix plus grandes entreprises mondiales. Une trajectoire impressionnante quand on se souvient de son point de départ.
Depuis l’arrivée de Buffett, la performance a été tout simplement hors norme avec un rendement annuel moyen d’environ 20%. Peu d’entreprises peuvent revendiquer une telle régularité sur une période aussi longue.

Performance de Berkshire Hathaway depuis 30 ans
Dans cette analyse, nous vous proposons de revenir sur les différentes activités de Berkshire Hathaway, comprendre ce qui fait son intérêt dans un portefeuille et ses principaux risques. Enfin, comme toujours, nous terminerons par la valorisation.
Histoire
L’histoire de Berkshire Hathaway ne commence pas avec Warren Buffett. Elle remonte à 1839, avec la création de la Valley Falls Company. Au fil des décennies et des fusions, l’entreprise devient en 1955 Berkshire Hathaway.
À son apogée, le groupe exploite plusieurs usines textiles et emploie des milliers de personnes. Mais au début des années 1960, l’industrie textile américaine décline face à la concurrence étrangère.

C’est dans ce contexte qu’intervient Warren Buffett, jeune investisseur d’Omaha. En 1962, il remarque que l’action se négocie autour de 7,50 dollars, un prix qu’il juge très inférieur à la valeur des actifs. Il commence à accumuler des titres.
En 1964, le dirigeant de l’époque, Seabury Stanton, lui propose oralement de racheter ses actions à 11,50 dollars. Mais l’offre écrite mentionne finalement 11,375 dollars. Buffett, irrité par ce qu’il considère comme un manque de parole pour quelques centimes, refuse de vendre. Au lieu de sortir, il prend le contrôle total de l’entreprise en 1965 et licencie Stanton. Une décision qu’il qualifiera plus tard de “pire erreur d’investissement de sa vie”, tant le textile s’avérera être un secteur durablement condamné.
Buffett comprend rapidement que l’activité textile est un puits sans fond. En 1967, il utilise les maigres liquidités disponibles pour racheter National Indemnity Company, un assureur, pour 8,6 millions $. Ce rachat marque un tournant décisif.
En effet, dans l'assurance, les clients paient des primes à l'avance, et l'assureur ne paie les sinistres que plus tard. Cet argent, disponible entre l'encaissement et le décaissement potentiel, s'appelle le "float" (le flottant). Buffett a désormais accès à une source de capital gratuite qu'il peut investir. C’est ce moteur financier qui va permettre la construction du modèle unique de Berkshire.
À partir de là, Buffett déploie son capital selon deux axes complémentaires.
Le premier consiste à prendre le contrôle d’entreprises entières, tout en laissant leurs dirigeants opérer de manière très décentralisée. C’est ainsi que le groupe a progressivement pris le contrôle de GEICO ou encore racheté le géant ferroviaire BNSF Railway en 2009. Ces filiales génèrent des flux de trésorerie réguliers, qui remontent ensuite vers la maison mère pour être réalloués ailleurs.
Le second pilier repose sur des participations minoritaires en Bourse. Lorsque l’acquisition totale est impossible ou trop coûteuse, Berkshire investit dans des entreprises cotées de grande qualité. Plusieurs exemples sont connus, mais ceux de Coca-Cola, American Express ou Apple sont emblématiques.

Cette approche n’a pourtant pas toujours été celle de Buffett. À ses débuts, Warren Buffett appliquait la stratégie dite des mégots de cigare qui consiste à acheter des entreprises médiocres mais extrêmement bon marché. C’est l’influence déterminante de Charlie Munger qui fait évoluer cette philosophie. Munger le convainc qu'il vaut mieux "acheter une entreprise extraordinaire à un prix raisonnable qu'une entreprise raisonnable à un prix extraordinaire".
Le premier grand test ? See’s Candies en 1972. Un chocolatier acheté cher pour l'époque, mais qui possède une marque tellement forte qu'il peut monter ses prix chaque année sans perdre de clients. C'est le déclic.
Évolution des ventes de See’s Candies entre 1972 et 1982
De plus, Buffett a longtemps été réticent à investir dans les actions technologiques car il préfère les secteurs qu’il comprend parfaitement. Il montre néanmoins sa capacité d’adaptation en entrant massivement au capital d’Apple à partir de 2016. Cette position deviendra la plus importante et la plus rentable de l’histoire de Berkshire.
Cependant, l'histoire de Berkshire ne serait pas complète sans ses échecs retentissants. L'honnêteté intellectuelle de Buffett, qui admet publiquement ses erreurs, fait aussi partie du mythe.
L’une des plus marquantes est la fusion orchestrée en 2015 entre Kraft Foods et H. J. Heinz Company, menée avec le fonds 3G Capital pour créer Kraft Heinz. En 2019, l'entreprise annonce une dépréciation d'actifs colossale de 15,4 milliards $. Buffett admettra sur CNBC : "J'avais tort à plusieurs égards concernant Kraft Heinz... Nous avons surpayé pour Kraft."
Autre revers notable, le secteur aérien. Après avoir longtemps critiqué l’aviation comme destructrice de capital, Buffett investit fin 2016 dans les quatre grandes compagnies américaines : Delta Air Lines, Southwest Airlines, American Airlines et United Airlines. Mais la pandémie de 2020 bouleverse totalement la donne. La même année, Berkshire revend l’intégralité de ses positions avec une perte significative. Buffett admet alors que le monde avait changé pour les compagnies aériennes et que sa thèse d’investissement n’était plus valide.
Après le décès de Charlie Munger fin 2023, la machine continue d’avancer. Fin 2024, estimant les marchés exigeants, Buffett allège une partie du portefeuille coté et accumule un trésor de guerre de plus de 300 milliards de dollars en liquidités.

Charlie Munger et Warren Buffett
Aujourd’hui, Berkshire Hathaway est devenu un véritable monument du capitalisme américain. L’action de classe A s’échange désormais au-delà de 700 000 $, bien loin des 7,50 $ qui avaient attiré l’attention d’un jeune investisseur d’Omaha plus de 60 ans plus tôt.
Mais l’année 2026 marque un tournant historique. Warren Buffett a annoncé qu’il quitterait la direction opérationnelle au 31 décembre 2025. Pour la première fois depuis près de six décennies, Berkshire n’est donc plus dirigée par celui qui l’a façonnée.
La transition a été préparée de longue date. Les rênes opérationnelles sont transmises à Greg Abel, avec pour mission de préserver ce qui fait l’ADN du groupe.

Greg Abel, nouveau CEO de Berkshire Hathaway
Plus qu’un simple changement de dirigeant, c’est l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire de Berkshire avec une question centrale pour les investisseurs : la machine peut-elle continuer à fonctionner sans son fondateur emblématique ?
Activités de Berkshire Hathaway
L’activité de Berkshire Hathaway se structure autour de 3 grands blocs :
La division opérationnelle constitue le socle historique de Berkshire Hathaway. Il regroupe des secteurs clés tels que l'assurance, l'énergie et le ferroviaire, ainsi que de nombreuses autres filiales.
La trésorerie représente désormais une part importante de l'actif du groupe, avec plus de 380 milliards de dollars de liquidités.
Enfin, il y a le portefeuille d’actions cotées, probablement le plus suivi au monde depuis plus de soixante ans. On y retrouve des participations majeures dans Apple, American Express, Coca-Cola ou encore Bank of America.

Activités opérationnelles
Avant même d'être une icône de l'investissement, Berkshire Hathaway est un géant opérationnel aux multiples visages : énergie, fret ferroviaire, assurance, distribution... Le groupe est littéralement partout.
Avant de nous pencher sur l'assurance, véritable moteur du système Berkshire, arrêtons-nous sur les trois autres piliers : BNSF, BHE (Énergie) et la division Manufacture, Services & Distribution.

Entreprises en portefeuille
BNSF : un pari sur les États-Unis 🇺🇸
En 2009, alors que le monde entier pensait que les chemins de fer appartenaient au XIXe siècle, Warren Buffett a réalisé le plus gros pari de sa carrière en prenant le contrôle de cette compagnie ferroviaire pour 44 milliards $. Ce n'était pas une simple acquisition, c'était ce qu'il a appelé un “pari total sur l'avenir économique des États-Unis”, alors que le pays était embourbé dans la crise des subprimes.
L'industrie ferroviaire est extrêmement gourmande en capitaux, exigeant des milliards de dollars de réinvestissement chaque année pour entretenir les locomotives et les rails. Mais cette barrière à l'entrée est son plus grand atout. Avec plus de 52 000 kilomètres de voies ferrées reliant les ports vitaux du Pacifique au reste du pays, BNSF possède une infrastructure tentaculaire que personne ne pourra jamais dupliquer, peu importe les montants investis.

Réseau de BNSF (en rouge) et droits d’exploitation (en violet)
Au sein de l'empire Berkshire Hathaway, BNSF a longtemps joué le rôle du stabilisateur ultime. Quand les marchés financiers s'affolent ou que le secteur technologique vacille, les trains de marchandises continuent de rouler.
Un peu comme l’assurance, l'entreprise génère des flux de trésorerie importants et hautement prévisibles. Il s'agit moins d'une activité à hyper-croissance que d'une formidable rente de situation.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne se passe rien dans le secteur. En effet, l'été 2025 a marqué un tournant tectonique dans l'histoire du rail américain. Plus d'un siècle et demi après l'achèvement du premier chemin de fer reliant l'Atlantique au Pacifique, le grand rival Union Pacific a lancé une OPA retentissante de 85 milliards $ sur Norfolk Southern.
Pour comprendre le séisme qui secoue actuellement BNSF, il faut se pencher sur la géographie. Historiquement, le fret ferroviaire américain s'est structuré autour d'une frontière naturelle, le fleuve Mississippi.

À l'Ouest, le marché est dominé par un duopole, BNSF et son grand rival Union Pacific. À l'Est, le territoire est partagé entre Norfolk Southern et CSX.
À côté de ces réseaux Est-Ouest, on trouve des opérateurs spécialisés dans les axes Nord-Sud. C'est d'ailleurs l'un d'eux, Canadian Pacific (CP), qui a allumé la mèche de cette nouvelle phase de consolidation en faisant l’acquisition de Kansas City Southern Railway (KCS). Ainsi, en 2023, CPKC a bouclé une fusion historique à 31 milliards de dollars, devenant le premier opérateur à relier le Canada au Mexique sans interruption.
La manœuvre de CPKC a réveillé les appétits, d’où l’offensive de l’Union Pacific sur Norfolk Southern à l'été 2025.
L'objectif ? Créer le tout premier réseau intégré transcontinental américain d'Est en Ouest, éliminant les coûteuses ruptures de charge au niveau du Mississippi. Avec cette acquisition, les deux groupes réunis assureraient plus de 40% du fret ferroviaire aux États-Unis.

Cette offensive marque l'ouverture d'une nouvelle phase de consolidation. La dernière grande vague remontait aux années 1990 et s'était soldée par un sévère tour de vis des pouvoirs publics, inquiets de la formation de monopoles.
Aujourd'hui, les dirigeants de l’Union Pacific font le pari que le climat politique à Washington sera plus clément pour laisser émerger des champions logistiques d'envergure continentale, promettant des milliards de synergies.
Face à la perspective de voir son principal rival offrir un service transcontinental direct, BNSF ne peut pas rester inactif. La pépite de Warren Buffett a fait appel à Goldman Sachs pour voir comment acquérir CSX, le dernier grand opérateur de la côte Est.
Cependant, en septembre 2025, BNSF et CSX ont annoncé un partenariat de grande ampleur pour connecter leurs réseaux afin de permettre d’aller de l’Est vers l’Ouest du pays sur leur réseau, et de faire concurrence à la potentielle fusion Union Pacific / Norfolk Southern.

Dans ce contexte de transition et avec un niveau de liquidités aussi élevé, il serait surprenant qu’il ne se passe rien. De nombreux observateurs anticipent d’ailleurs une acquisition significative dans les prochaines années. Berkshire Hathaway en a largement les moyens, et l’arrivée de Greg Abel à la direction opérationnelle pourrait s’accompagner d’une opération structurante, dans la continuité de la philosophie insufflée par Warren Buffett.
Si BNSF absorbe CSX pendant que l’Union Pacific digère Norfolk Southern, le paysage de la logistique américaine changera radicalement. Nous passerions d'un marché régionalisé à un duopole continental, où ces deux méga-réseaux se partageraient près de 90% du marché du fret ferroviaire américain.
Berkshire Energy : Un ovni parmi les géants de l’énergie
La branche Berkshire Hathaway Energy (BHE) est devenue un véritable pilier stratégique du groupe. C’est d'ailleurs l’activité de prédilection du nouveau PDG, Greg Abel, qui a été le CEO de cette division entre 2008 et 2018.

Ce qui rend BHE unique tient d’abord à son modèle financier. Warren Buffett la décrivait souvent comme une “utility” sous stéroïdes. Contrairement à la plupart des grands acteurs de l’énergie, contraints de distribuer une part importante de leurs profits en dividendes, BHE ne verse rien à sa maison mère. Par conséquent, l’intégralité des bénéfices est réinvestie dans les infrastructures.
Ce choix permet à des filiales comme MidAmerican Energy ou PacifiCorp de financer des projets de plusieurs milliards de dollars sans dépendre excessivement des marchés ou diluer les actionnaires. C’est un modèle d’autofinancement rare à cette échelle.
Actuellement, le MOAT de BHE repose surtout sur deux axes.
Tout d’abord, ses monopoles réglementés. Dans la plupart des régions où elle opère, l’entreprise est le fournisseur exclusif d’électricité ou de gaz. Il paraît évident que personne ne va construire un deuxième réseau électrique à côté du vôtre.
Et puis, BHE possède une solidité financière exceptionnelle. Dans un contexte où le coût du capital pour les projets liés à la transition énergétique s’est tendu, la notation de crédit solide de BHE lui permet d’emprunter à des conditions bien plus avantageuses que de nombreux concurrents.
Au fil des années, BHE a pivoté d'un modèle centré sur le charbon vers un groupe paré pour la transition énergétique. Elle affiche une diversification équilibrée entre énergies renouvelables (éolien, solaire) et énergies fossiles (gaz). Grâce à ces investissements, le groupe détient aujourd’hui l’un des plus vastes portefeuilles d’énergies vertes aux États-Unis, tout en contrôlant environ 15 % du transport de gaz naturel américain via des actifs tels que Northern Natural Gas.
En effet, Greg Abel a compris que la transition énergétique ne se fera pas avec des slogans, mais avec des câbles. C’est pourquoi BHE investit massivement dans les réseaux de transmission, les fameuses "autoroutes de l'électricité" indispensables pour acheminer l'énergie solaire et éolienne des déserts vers les villes.
Manufacture, Service & Distribution
Moins médiatisée que les autres divisions, la division Manufacture, Service & Distribution regroupe une constellation d’entreprises qui génèrent des flux de trésorerie réguliers.
Le modèle repose sur une décentralisation extrême. Chaque filiale conserve une large autonomie, souvent sous la direction de ses fondateurs ou de dirigeants historiques. Le siège d’Omaha intervient peu dans l’opérationnel.
Parmi ces filiales, beaucoup sont peu connues en Europe. On peut citer Dairy Queen dans la restauration, Duracell dans les piles, McLane Company dans la distribution de grande consommation, ou encore See’s Candies, que Buffett mentionne souvent comme un modèle de marque capable d’augmenter ses prix sans perdre ses clients.

Collectivement, ces entreprises assurent aussi une grande partie de la stabilité financière du groupe. En 2024, elles ont généré près de 170 milliards de dollars de chiffre d'affaires ou plus de 210 milliards si l'on intègre Pilot, la chaîne de stations-service dont Berkshire a finalisé l'acquisition totale en 2024.

Puis, à cela, il faut ajouter la branche la plus connue de Berkshire, l’assurance.
Assurance ou l’art de jouer avec l’argent des autres
Pour comprendre l’importance du pôle assurance chez Berkshire Hathaway, il faut remonter à 1951. À cette époque, Warren Buffett n’a que 20 ans et étudie à l’université de Columbia sous la direction de Benjamin Graham. En feuilletant le Who’s Who, il découvre que son professeur siège au conseil d’administration d’une compagnie d’assurance peu connue : GEICO.

Buffett parlant de GEICO en 1951
Intrigué, Buffett prend un train pour Washington un samedi matin. Les bureaux sont presque vides, mais il parvient à rencontrer Lorimer Davidson, alors dirigeant de l’entreprise. Pendant plusieurs heures, Davidson lui explique en détail le modèle économique de GEICO. Buffett racontera plus tard que cette conversation a été l’une des plus déterminantes de sa vie d’investisseur.
Cette conviction va être mise à l’épreuve 25 ans plus tard. En 1976, GEICO traverse une crise majeure liée à une croissance mal maîtrisée et à une sous-estimation des risques. L’entreprise est au bord de la faillite et son action s’effondre.
Là où le marché ne voit qu’un assureur en difficulté, Buffett distingue une franchise encore solide mais temporairement mal gérée. Il investit massivement dans le dossier à un prix bradé, convaincu que le cœur du modèle reste intact.
Sous le contrôle de Berkshire, GEICO se redresse progressivement, et Berkshire finira par en prendre le contrôle total en 1996.

Comme nous l’avons évoqué dans la partie Histoire, ce qui intéresse vraiment Buffett, c’est l’accès au float. Cet argent appartient techniquement aux assurés, mais il peut être investi tant qu’il n’est pas réclamé. Si l’activité d’assurance est correctement gérée, c’est-à-dire si les primes couvrent les sinistres et les frais, ce capital ne coûte rien.
👉️ C’est ici qu’intervient le ratio combiné, indicateur clé du secteur. En dessous de 100%, l’assureur est rentable sur son activité opérationnelle. Au-dessus de 100 %, l’activité détruit de la valeur. Pour aller plus loin sur le fonctionnement de l’industrie de l’assurance, nous vous recommandons notre article sur le sujet.
Contrairement à un emprunt bancaire classique, le float n’a pas d’échéance fixe. Tant que l’assureur continue de croître, la réserve augmente. Ainsi, chez Berkshire, le float est passé de quelques dizaines de millions de dollars dans les années 1960 à plus de 176 milliards de dollars fin 2025.

Cet argent ne dort pas. Il est investi dans des actions, des obligations ou des bons du Trésor américain. Là où un investisseur traditionnel paie des intérêts pour emprunter, Berkshire bénéficie d’un capital dont le coût est historiquement proche de zéro, voire négatif lorsque l’activité d’assurance est profitable.
Et contrairement à un fonds ouvert, il n’y a pas de risque d’appels de marge massifs, car les assurés ne réclament pas leur argent simultanément.
Parallèlement, l’activité elle-même continue de croître. Le volume total des primes encaissées a fortement progressé au cours de la dernière décennie, renforçant encore ce réservoir de capital.

En définitive, beaucoup perçoivent Berkshire comme un immense portefeuille d’actions cotées. En réalité, ce portefeuille n’est que la partie visible. Le véritable moteur du groupe réside dans cette capacité unique à générer et à investir un capital abondant, stable et peu coûteux.
Portefeuille côté
Passons maintenant au deuxième bloc de l’activité de Berkshire, le plus médiatisé, son portefeuille coté. Le succès du portefeuille coté de Berkshire Hathaway, aujourd’hui valorisé à plus de 270 milliards de dollars, ne repose ni sur une intuition magique ni sur une sophistication financière hors norme.
Il s’articule autour d’un cadre simple, cohérent et rigoureux, bâti sur quatre principes qui structurent toute la philosophie d’investissement de Warren Buffett.

Le premier pilier est celui du cercle de compétences. Contrairement à l’image du génie omniscient, Buffett a toujours revendiqué une connaissance limitée, mais parfaitement maîtrisée.
Sa véritable force n’est pas de tout comprendre, mais de savoir précisément ce qu’il ne comprend pas. Chaque opportunité est classée en trois catégories :
In (je comprends)
Out (je rejette)
Et surtout Too Hard (trop complexe). Dans les faits, la majorité des dossiers finit dans cette dernière case.
Cette discipline du renoncement est centrale. Dire “je ne sais pas” devient un avantage compétitif. Buffett aime illustrer cette idée par l’exemple de Ted Williams, légende du baseball, qui n’acceptait de frapper que les balles situées dans sa zone de confort maximale.

Ted Williams, légende des Boston Red Sox
Sa performance dépendait moins de sa puissance que de sa capacité à attendre la bonne opportunité. En Bourse, l’investisseur bénéficie d’un privilège supplémentaire, il n’y a pas d’arbitre. Personne n’oblige à agir. Ignorer une mode, laisser passer une envolée spéculative ou rester liquide pendant des mois n’entraîne aucune pénalité. La performance ne vient pas de l’agitation, mais de la patience.
Le deuxième principe concerne la nature même des entreprises sélectionnées avec la recherche d’un avantage concurrentiel durable, le fameux MOAT. Une entreprise performante aujourd’hui ne suffit pas, elle doit être capable de défendre ses profits dans dix ou vingt ans.

Le troisième pilier est la marge de sécurité, héritée de Benjamin Graham. Même avec un excellent château entouré d’une large douve, l’avenir demeure incertain. La marge de sécurité constitue la protection de l’investisseur face à cette incertitude. Buffett se méfie des modèles financiers excessivement complexes. Pour lui, si une opportunité nécessite 50 variables pour devenir attrayante, c’est qu’elle repose davantage sur l’espoir que sur la réalité.

Son idée est simple. Il faut acheter une entreprise solide à un prix suffisamment décoté pour que l’erreur éventuelle ne soit pas fatale. Si l’analyse est correcte, le rattrapage vers la valeur intrinsèque génère un rendement important. Si elle est imparfaite, le prix d’achat limite les dégâts. La marge de sécurité est une assurance contre les inévitables erreurs de prévision.
Enfin, le quatrième principe est celui de l’horizon temporel. Là où le marché se focalise sur le trimestre suivant, Buffett raisonne en propriétaire. Une action n’est pas un ticket de loto, mais une part d’entreprise.

Ainsi, à l’instar d’un agriculteur, il ne demande pas chaque jour la valeur de son terrain, mais privilégie le fait de regarder la qualité de la récolte chaque année aux bruits du marché.
Après avoir regardé les 4 piliers de la philosophie de Buffett, nous vous proposons de revenir sur 3 succès qui illustrent sa philosophie.
👉️ Pour rappel, nous suivons les mouvements des plus grands investisseurs anglo-saxons, dont ceux de Buffett, chaque trimestre. Vous pouvez retrouver la dernière édition en suivant ce lien.
Apple 🍎
Pendant des décennies, Warren Buffett a évité le secteur technologique. Il reconnaissait volontiers ne pas comprendre suffisamment la pérennité d’entreprises comme Microsoft ou Google, et préférait rester dans son cercle de compétence. Puis, progressivement, son regard sur Apple a évolué.
Dans son esprit, Apple n’était plus simplement un fabricant de smartphones, mais un véritable péage numérique incontournable pour des centaines de millions de personnes. Buffett a identifié un coût de substitution extrêmement élevé car, une fois intégré dans l’écosystème Apple, le client en sort rarement.
En 2016, plusieurs éléments convergent :
un pricing power solide
un écosystème en expansion (AirPods, Apple Watch, Apple Pay…)
une allocation du capital très favorable aux actionnaires
Et une valorisation encore raisonnable, autour de 12 à 18 fois les bénéfices.
Buffett passe alors à l’achat.

Au fil des années, et jusqu’en 2020, Berkshire renforce sa position. Apple devient rapidement la clé de voûte du portefeuille coté, représentant plus de 50% des participations boursières du groupe.
Sa confiance est également renforcée par le profil de Tim Cook, qu’il considère comme un remarquable allocateur de capital. Cook a d’ailleurs fait du rachat d’actions l’élément central de sa politique de retour à l’actionnaire.

Tim Cook (CEO d’Apple) avec Warren Buffett
Depuis 2012, Apple a racheté environ 43 % de ses propres actions pour plus de 700 milliards de dollars. Cette discipline a permis d’augmenter mécaniquement le bénéfice par action, indépendamment même de la croissance du chiffre d’affaires.

Entre 2024 et 2025, toutefois, Buffett a réduit significativement sa participation, cédant des dizaines de millions de titres. Vu de l’extérieur, cela pourrait ressembler à un désengagement.
En réalité, la décision est plus nuancée. D’une part, le poids d’Apple dans le portefeuille était devenu trop important, ce qui créait un risque de concentration qu’il souhaitait corriger avant son départ. D’autre part, la valorisation s’était fortement tendue. Entré à 12–18 fois les bénéfices, le PER d’Apple a même atteint 40 dernièrement. Pour Buffett, l’absence de marge de sécurité justifiait un allègement.
Au bilan, pour une mise initiale d’environ 35 milliards de dollars injectée entre 2016 et 2020, le verdict dix ans plus tard est sans appel : en cumulant les 100 milliards de gains déjà sécurisés, ~7 milliards de dividendes récoltés et les 62 milliards de dollars d’Apple qui dorment encore en portefeuille, Buffett a quasiment multiplié son investissement par six.
American Express 💳️
Lorsqu'on évoque Warren Buffett, une phrase revient comme un mantra : “Notre période de détention favorite est pour toujours”. Pour beaucoup d'investisseurs, cela ressemble à un slogan marketing. Or, s’il y a bien un exemple qui montre que ce n’est pas le cas, c’est bien American Express.
Si l’on plonge dans les archives du portefeuille de Berkshire Hathaway, on y trouve American Express en 1968, aux côtés de noms disparus et de Disney.

Portefeuille de Berkshire en 1968
Plus de 50 ans plus tard, American Express reste l’une des positions majeures du portefeuille, juste derrière Apple.
Pour comprendre cette fidélité exceptionnelle, il faut revenir à un épisode devenu légendaire, le scandale de l’huile de salade en 1963. Un fraudeur, Anthony De Angelis, avait obtenu d’importants financements en utilisant des stocks d’huile végétale comme garantie. En réalité, les réservoirs contenaient essentiellement de l’eau de mer, recouverte d’une fine couche d’huile destinée à tromper les inspections. Lorsque la fraude éclate, l’action American Express chute d’environ 50%.

Buffett, alors jeune investisseur, ne s’arrête pas uniquement aux données comptables. Il mène sa propre enquête. À Omaha, il observe que les clients continuent d’utiliser leur carte American Express, et que les commerçants continuent de l’accepter. Pour lui, l’essentiel est là.
Cet épisode constitue un véritable tournant intellectuel. Sans renier l’enseignement de son mentor Benjamin Graham, Buffett fait évoluer sa philosophie. Il comprend que tous les actifs ne figurent pas au bilan. La marque, la réputation, l’habitude des consommateurs sont des actifs invisibles, mais centraux dans une thèse d’investissement long terme.
Fort de cette conviction, Warren Buffett investit massivement dans American Express au milieu des années 1960. La position devient si significative qu’il ne communique pas immédiatement sur son ampleur. Il ira même jusqu’à adapter les statuts de Berkshire Hathaway pour pouvoir concentrer jusqu’à 40% du capital sur une seule valeur, preuve de sa confiance dans son intuition.
60 ans plus tard, le temps lui a donné raison. En 2026, la participation dans American Express est valorisée autour de 35 milliards de dollars, soit près de 27 fois la mise initiale.

Moody’s 📈
L’investissement dans Moody’s illustre parfaitement la capacité de Warren Buffett à identifier des modèles économiques discrets, mais extraordinairement puissants.
Berkshire devient actionnaire au début des années 2000, lorsque Moody’s est séparée de Dun & Bradstreet. À l’époque, peu d’investisseurs mesurent pleinement la qualité structurelle du modèle.

Buffett, lui, voit immédiatement une entreprise dotée d’un avantage concurrentiel presque imprenable. Le marché de la notation de crédit est un duopole formé par Moody’s et S&P Global. Cette concentration confère une stabilité et un pricing power rares.
Pour émettre de la dette, les entreprises et les États ont besoin d’une notation reconnue. Sans elle, l’accès aux marchés obligataires devient complexe et plus coûteux. Moody’s se trouve ainsi au centre du système financier mondial.
Les coûts fixes sont relativement faibles, les marges élevées et la génération de trésorerie abondante. Plus le volume d’émissions obligataires augmente, plus le levier opérationnel joue en faveur de la rentabilité.
Buffett apprécie également un autre élément clé, la réputation. Dans la notation de crédit, la crédibilité est un actif intangible fondamental. Elle met des décennies à se construire et peut difficilement être répliquée par un nouvel entrant.
Même lors de la crise financière de 2008, qui a fortement mis sous pression les agences de notation, Berkshire conserve sa participation. Buffett considère que, malgré les critiques, le besoin structurel de notation ne disparaîtra pas. À long terme, la dépendance des marchés à ces acteurs reste intacte.

Moody’s vs S&P 500 depuis la Grande Crise
Au fil des années, Moody’s s’impose comme l’un des investissements les plus performants du portefeuille de Berkshire Hathaway. Moody’s n’est pas une entreprise spectaculaire aux yeux du grand public, mais c’est précisément ce type de modèle discret, rentable et protégé que Berkshire affectionne.
Montagne de cash
Comme nous l’avons vu avec le segment opérationnel, disposer de 382 milliards de dollars de liquidités dans le contexte actuel n’est pas une aberration, malgré les critiques récurrentes de certains investisseurs.

En 2026, cette trésorerie, investie en grande majorité en bons du Trésor américain à court terme, a même propulsé Berkshire au rang d’acteur systémique sur le marché de la dette américaine. Le groupe détient désormais davantage de Treasuries que la FED. Dans un environnement où les taux d’intérêt se sont stabilisés autour de 3,5% à 4%, ce trésor de guerre ne se contente plus de jouer un rôle défensif.

À ces niveaux de taux, il génère entre 15 et 19 milliards de dollars de revenus d’intérêts par an. Un flux quasi automatique, qui équivaut à lui seul aux bénéfices annuels d’un grand groupe du CAC 40 comme LVMH. Autrement dit, même sans réaliser la moindre acquisition, la machine continue d’accroître sa puissance financière.
Mais, pour Buffett, le cash n’est pas seulement un rendement, c’est une option d’achat sur l’ensemble des classes d’actifs. Plus les marchés sont chers, plus cette option prend de la valeur. En refusant d’acheter à n’importe quel prix, il préserve sa capacité d’intervention. Et lorsque les valorisations se contractent, cette réserve lui permet d’investir massivement au moment où les autres sont contraints de vendre.
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