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Rheinmetall : futur géant de l’armement européen ?

#176 Notre analyse fondamentale du plus important conglomérat militaire allemand

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Rheinmetall : futur géant de l’armement européen ?

Par Thomas Cerbai, Abdallah Benmansour et Loris Dalleau

Au cœur du réarmement européen déclenché par la invasion russe de l’Ukraine en 2022, l’allemand Rheinmetall s’est imposé comme un acteur stratégique. Sous la direction de son PDG, le groupe de Düsseldorf est passé du statut de fournisseur national à celui de leader de la défense européenne.

L’histoire récente de Rheinmetall se divise en deux périodes : une phase de stagnation relative entre 2006 et 2021 (+4% annualisé sur 15 ans), suivie d’une explosion depuis 2022. Ainsi, le titre affiche désormais une performance d’environ 82% par an sur les cinq dernières années, surpassant même certaines valeurs technologiques stars comme Nvidia (70%) ou Palantir (46%).

Si la thématique de la défense, et notamment du réarmement européen, s’est imposée dans l’actualité depuis plusieurs années, l’objectif de cette analyse est d’aller au-delà du contexte géopolitique immédiat pour revenir en détail sur les fondamentaux du groupe allemand.

Nous reviendrons ainsi sur les activités de Rheinmetall, sa gouvernance, ses avantages compétitifs, ses perspectives de croissance ainsi que ses principaux risques. Comme toujours, nous terminerons par une analyse de valorisation, dans un contexte de forte hausse du titre ces derniers trimestres.

Avant de commencer, si vous ne l’avez pas encore fait, nous vous recommandons fortement de lire d’abord notre article préambule consacré au secteur de la défense européenne. De plus, nous tenons à préciser que cet article nous a été proposé et rédigé en grande partie par Thomas Cerbai, membre du Club Bourseko, professeur d’histoire-géographie et passionné de géopolitique. Un grand merci à lui pour la qualité de ses analyses !

Histoire

Fondée en 1889 à Düsseldorf, Rheinmetall naît en pleine Révolution industrielle. Dès l’origine, l’entreprise est pensée comme un fabricant de munitions destiné à approvisionner l’armée de l’Empire allemand, alors engagé, comme la plupart des puissances européennes, dans une intense course aux armements.

Sous le nom de Rheinische Metallwaaren- und Maschinenfabrik Actiengesellschaft, l’entreprise devient rapidement un fournisseur important de l’armée impériale allemande durant la Première Guerre mondiale. Mais la défaite allemande et les restrictions militaires imposées par le Traité de Versailles bouleversent profondément l’industrie militaire du pays. Pour survivre, Rheinmetall se diversifie alors dans des activités civiles, une branche qui existe toujours aujourd’hui.

Durant l’entre-deux-guerres, Rheinmetall commence alors à développer des véhicules de combat en coopération avec Krupp. Ce partenariat s’inscrit dans un accord avec l’Union soviétique permettant de produire du matériel militaire sur son territoire, contournant ainsi les restrictions imposées à l’Allemagne. Cette période marque les débuts de la future division Systèmes véhicules du groupe. À cette époque, et jusqu’en 1956, l’État allemand demeure par ailleurs l’actionnaire principal de l’entreprise.

Avec l’arrivée au pouvoir du régime nazi, la production d’armement et de munitions de Rheinmetall s’intensifie fortement. L’activité du groupe connaît alors une expansion rapide dans le cadre du réarmement allemand précédant et accompagnant la Seconde Guerre mondiale. Comme une grande partie de l’industrie allemande de l’époque, cette production s’appuie en partie sur le travail forcé de déportés, un épisode sur lequel l’entreprise a depuis engagé un travail de mémoire.

À la fin du conflit, les bombardements alliés ont largement détruit ses infrastructures industrielles. L’entreprise doit alors repartir presque de zéro.

Un tournant intervient en 1956, lorsque Rheinmetall devient majoritairement privée. En pleine Guerre froide, le groupe se restructure et se diversifie, notamment avec la création d’une division d’ingénierie mécanique et électronique. Avec le développement du char Leopard 2, dont Rheinmetall fournit notamment le canon et les munitions, l’entreprise s’impose progressivement comme un acteur central de la défense européenne.

Char Leopard 2

Après avoir été le fer de lance de l’OTAN durant la Guerre froide, Rheinmetall a dû naviguer dans les eaux calmes des "dividendes de la paix". Durant les années 1990 et 2000, le groupe s’est mué en un géant hybride, s’appuyant sur son expertise automobile pour compenser la fonte des budgets militaires européens.

Cependant, loin de délaisser la défense, l'entreprise a profité de cette période pour orchestrer une consolidation majeure, absorbant des fleurons comme Mauser ou STN Atlas.

Dès 2014, suite à l'annexion de la Crimée, le CEO de Rheinmetall, Armin Papperger pressent le retour de la force brute. Par conséquent, il se lance dans le développement du blindé Lynx sur fonds propres qui se veut être le successeur du Leopard plus agile, plus léger et plus moderne. Pour ce faire, Rheinmetall se recentre sur la défense, cédant ses activités automobiles.

Lynx 120

Cette anticipation culmine en 2022 avec l’acquisition d’Expal Systems qui permet de doubler les capacités de production de munitions du groupe allemand, au moment précis où l'Europe réalise le faible niveau de ses stocks.

Puis, le conflit ukrainien remet brutalement la défense au cœur des priorités politiques européennes et propulse Rheinmetall sur le devant de la scène. Les contrats se multiplient en Allemagne, en Roumanie ou encore en Hongrie tandis que le chiffre d’affaires et la valorisation boursière s’envolent.

Ce nouvel élan s’inscrit aussi dans le contexte du discours du Zeitenwende (changement d’ère en français), prononcé par le chancelier allemand Olaf Scholz 3 jours après l’invasion de l’Ukraine. Cette inflexion stratégique majeure de l’Allemagne a orienté une part significative des nouveaux budgets de défense vers les industriels nationaux, au premier rang desquels Rheinmetall.

Olaf Scholz, chancelier allemand lors du discours du Zeitenwende

Gouvernance

Aujourd’hui, Rheinmetall est une entreprise privée, dont l’actionnariat est relativement fragmenté. À sa tête se trouve Armin Papperger, CEO depuis 2013, qui a montré sa capacité à exécuter et surtout, sa vision réaliste du contexte géopolitique mondial.

Armin Papperger - CEO de Rheinmetall depuis 2013

Entré dans l’entreprise en 1990 comme ingénieur, il a progressivement gravi les échelons, dirigeant plusieurs divisions clés avant d’être nommé à la tête du groupe. Ce parcours interne lui confère une connaissance approfondie de l’entreprise, de son fonctionnement industriel mais aussi de ses contraintes politiques et réglementaires.

Le directoire de Rheinmetall reste majoritairement allemand mais s’organise largement autour de la figure de son CEO, considéré comme l’architecte principal de la stratégie du groupe. En interne, Armin Papperger est d’ailleurs surnommé “V1”, pour Vorstand 1, en raison de sa tendance à centraliser les décisions stratégiques.

En Allemagne, la perception du dirigeant a profondément évolué. Pendant longtemps, diriger un groupe d’armement était marginal dans un pays marqué par une opinion publique traditionnellement pacifiste. Le secteur de la défense souffrait encore d’une image négative, héritée du passé militariste allemand.

Depuis 2022, le contexte a radicalement changé. Armin Papperger est désormais considéré comme l’une des figures clés du réarmement allemand, certains observateurs allant jusqu’à le qualifier de “ministre du Réarmement” officieux. Sa visibilité médiatique a également augmenté à la suite d’événements plus sensibles, notamment une tentative d’assassinat en 2024, attribuée à la Russie.

Source : Les Echos - 11 juillet 2024

Sous son impulsion, l’entreprise s’est progressivement repositionnée comme un pure player de la défense, avec l’ambition de hisser le groupe au niveau des grands industriels américains du secteur. Le groupe est d’ailleurs aujourd’hui considéré comme la plus importante entreprise européenne de défense.

Maintenant que nous avons posé ce cadre, intéressons-nous plus en détail aux différentes activités du groupe allemand.

Divisions de l’entreprise

Comme nous le verrons, entre les acquisitions et les cessions, les activités de Rheinmetall évoluent rapidement. Depuis cette année, le groupe structure désormais ses opérations autour de 5 segments 👇

  1. Systèmes véhicules : Ce pôle conçoit et produit des blindés de combat et de transport, tels que les chars Panther, Lynx et Boxer.

  2. Armes & Munitions : Leader mondial sur ce segment, le groupe produit des canons d'artillerie et une vaste gamme de projectiles, notamment les obus de 155 mm.

  3. Défense aérienne : Cette division développe des systèmes de protection rapprochée pour lutter contre les missiles et les drones.

  4. Naval : Cette unité équipe les forces maritimes avec des systèmes d'armement automatisés, des capteurs de surveillance et des dispositifs de protection par leurres pour les navires de surface.

  5. Digital : Segment transverse et technologique, il fournit les logiciels de commandement, les simulateurs d'entraînement et les solutions de connectivité pour numériser le champ de bataille en temps réel.

Systèmes véhicules

La division Systèmes véhicules est dédiée à la conception, à la fabrication et à la maintenance de véhicules militaires terrestres, qu’ils soient blindés ou non blindés. Elle représente aujourd’hui 39% des revenus du groupe, ce qui en fait la division la plus importante.

En 2024, cette division a généré 3,77 milliards € de chiffre d’affaires, contre environ 1,9 milliard d’euros avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, soit un doublement en l’espace de trois ans.

Son portefeuille couvre un large éventail d’équipements : chars de combat lourds comme le Leopard, le Challenger ou le Panther KF51, véhicules de combat d’infanterie (IFV) tels que le Puma et le Lynx, véhicules blindés sur roues, artillerie automotrice ou encore véhicules tactiques 4x4. Une partie de ces programmes est développée via des coentreprises, un point structurant dans l’organisation industrielle du groupe.

Leopard - Char de combat

L’entreprise est également engagée dans plusieurs programmes stratégiques européens, notamment le char de combat franco-allemand MGCS. Elle participe aussi à la fourniture de chars pour l’armée italienne en partenariat avec Leonardo, ainsi qu’au développement d’un char transitoire avec KNDS (entreprise franco-allemande) en attendant l’arrivée du MGCS.

Les IFV (Infantry Fighting Vehicles) constituent l’un des piliers du réarmement européen. Le Lynx pourrait notamment faire l’objet d’un contrat potentiel avec les États-Unis portant sur plus de 3 800 unités.

Source : Rheinmetall

Ces véhicules se distinguent également par leur forte modularité, pouvant être configurés en poste de commandement, ambulance ou véhicule de transport, ce qui renforce leur attractivité opérationnelle.

À mesure que les capacités industrielles augmentent, la production annuelle d’IFV pourrait dépasser 1 000 unités à partir de 2030.

De plus, cette activité bénéficie d’une bonne visibilité, même si les cycles de production sont plus longs que dans les munitions. Il faut compter environ 12 mois pour un véhicule logistique et jusqu’à 24 mois pour un char de combat, ce qui étale les revenus dans le temps mais sécurise le carnet de commandes.

Source : Le Monde

Par exemple, après des mois d’attente, les premiers Lynx KF41 feront leurs arrivées sur le front ukrainien, ce qui permettra de mettre en vitrine la qualité des blindés de Rheinmetall en condition réelle.

Enfin, la division ne se limite pas à la vente de véhicules. Elle fournit également les logiciels associés ainsi que le maintien en condition opérationnelle (MCO). Ces services génèrent des revenus récurrents et créent des coûts de changement élevés pour les clients.

Armes & munitions

La division Armes & Munitions constitue le cœur historique de l’activité de Rheinmetall. Elle représentait 26% du chiffre d’affaires en 2024, soit la deuxième division la plus importante du groupe. Elle regroupe la production de systèmes d’armes, comme le canon du char Leopard 2, ainsi que de munitions de tous calibres et de systèmes de protection.

Cette activité a connu une forte accélération ces dernières années. En 2024, la division a généré 2,54 milliards € de chiffre d’affaires, contre environ 1,1 milliard d’euros avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, illustrant l’impact du cycle actuel de réarmement sur les activités du groupe.

Au-delà du contexte géopolitique, cette activité a connu une accélération spectaculaire notamment grâce à l’acquisition de Expal en 2022 pour 1,2 milliard €, qui a considérablement renforcé les capacités industrielles de l’entreprise.

Concrètement, Rheinmetall produit une large gamme de munitions : obus de char de 120 mm, obus d’artillerie de 155 mm, ainsi que des munitions de calibre moyen (20 à 35 mm) destinées à différents systèmes terrestres. Aujourd’hui, le groupe détiendrait entre 50 et 60% de la production européenne d’obus, ce qui en fait le leader incontesté sur ce segment.

Obus d’artillerie 155mm

L’un des atouts majeurs de cette division réside dans la rapidité du cycle industriel. Une commande de munitions est généralement enregistrée, produite et livrée en 6 à 12 mois, ce qui permet de transformer rapidement la demande actuelle en chiffre d’affaires.

Par ailleurs, la standardisation des munitions au sein de l’OTAN est un élément clé à garder en tête. Cette norme garantit l’interopérabilité entre les armées, mais elle crée aussi une barrière à l’entrée importante, car seuls quelques industriels certifiés peuvent fournir ces équipements.

Par conséquent, Rheinmetall bénéficie ici d’un avantage particulier car l’entreprise est à l’origine du canon de 120 mm utilisé sur le Leopard 2 et dont une variante équipe également le char M1A2 Abrams sous licence. En ayant contribué à définir ce standard, le groupe s’est assuré une position privilégiée sur ce segment.

M1A2 Abrams

Parallèlement, Rheinmetall prépare déjà la prochaine étape de son développement. En juin 2025, l’entreprise a annoncé un partenariat industriel avec Lockheed Martin pour la coproduction de missiles et de roquettes guidés. Ce projet marque une évolution stratégique vers les systèmes d’armes plus complexes, avec une capacité visée d’environ 10 000 missiles par an à partir de 2027, notamment pour des programmes comme ATACMS ou le missile PAC-3 Patriot.

Pour accompagner cette forte croissance, Rheinmetall déploie un vaste programme d’expansion industrielle, avec la construction d’usines dans de nombreux pays européens afin d’augmenter rapidement ses capacités de production. La vitesse d’exécution de ces projets illustre d’ailleurs l’efficacité industrielle du groupe.

Présence géographique de Rheinmetall en Europe - Source : Seeking Alpha

À ce sujet, un responsable politique allemand aurait même lancé au PDG Armin Papperger : “Comment faites-vous pour construire une usine en 12 mois alors que nous mettons 10 ans à rénover une caserne ?

Défense aérienne

Avec la généralisation de l’usage de drones à bas coût en Ukraine et les frappes régulières de missiles, la défense aérienne de proximité est devenue un enjeu central des conflits modernes. Ce changement doctrinal a poussé Rheinmetall à créer en 2026 une division dédiée à la défense aérienne.

Dans ce domaine, l’entreprise s’est spécialisée dans les solutions anti-drones à courte portée, appelées C-UAS (Counter Unmanned Aerial Systems) et intégrées dans des systèmes SHORAD (Short Range Air Defence). Trois dispositifs constituent le cœur de cette offre : Skynex, Skyranger et Skyspotter, capables de protéger une zone dans un rayon d’environ 4 kilomètres.

Système d’artillerie anti-aérienne Skynex

Plutôt que de se concentrer sur la défense aérienne à moyenne ou longue portée, Rheinmetall a fait le choix de la courte portée, jugée plus pertinente face à la réalité du terrain.

En effet, les données issues du conflit russo-ukrainien montrent que près de 90% des attaques de drones sont réalisées par de petits drones. Par conséquent, cette niche représente en outre un niveau de concurrence plus limité que les systèmes de défense stratégiques à longue portée.

Répartition des attaques aériennes et du moyen de défense utilisé pour les contrer

L’entreprise bénéficie également d’un avantage important grâce à sa participation à l’initiative européenne European Sky Shield Initiative (ESSI), qui regroupe 24 États européens engagés dans un programme commun d’acquisition de systèmes de défense aérienne, à l’exception notable de la France. Dans ce cadre, Skynex a été retenu comme l’un des systèmes de référence, ce qui devrait garantir à Rheinmetall un flux significatif de commandes dans les années à venir.

En revanche, contrairement aux systèmes de défense à moyenne ou longue portée, qui reposent principalement sur des missiles, les solutions SHORAD utilisent des canons automatiques et des mitrailleuses, beaucoup moins coûteux.

Une batterie Skynex coûte ainsi environ 70 millions €, contre 140 millions pour un système de défense moyenne portée et jusqu’à 400 millions pour un système longue portée. L’écart est encore plus marqué à l’usage. Abattre une cible coûte entre 6 000 et 12 000 € avec Skynex, contre 400 000 à 4 millions € pour les systèmes concurrents utilisant des missiles.

Systèmes de défenses anti-aériennes sur la frontière est allemande - Capital Market Day 2025 Rheinmetall

Enfin, ces systèmes s’intègrent directement sur certains véhicules blindés du groupe. Cette modularité renforce la cohérence de l’offre industrielle de Rheinmetall.

Sur le plan financier, cette activité reste encore modeste aujourd’hui, avec environ 800 millions d’euros de revenus attendus en 2025, mais son potentiel est considérable. Pour répondre à cette demande, Rheinmetall prévoit de porter sa capacité de production à 400 systèmes par an dès 2027.

Division navale

Cette division est la plus récente de l’entreprise. Elle est née du rachat, en septembre 2025, de Naval Vessels Lürssen (NVL), pour un montant estimé entre 1 et 2 milliards d’euros. L’opération inclut également Blohm+Voss, un nom historique de l’industrie navale et militaire allemande, qui avait notamment construit le célèbre cuirassé Bismarck pendant la Seconde Guerre mondiale.

Source : Les Echos - 15 septembre 2025

Avec cette acquisition, le groupe n’est plus seulement un fournisseur d’équipements pour navires militaires, mais devient désormais concepteur et constructeur naval à part entière, renforçant ainsi sa transformation en véritable pure player de la défense.

La nouvelle division s’appuie déjà sur 4 chantiers navals en Allemagne ainsi que 5 autres répartis à l’international, ce qui s’inscrit dans la stratégie de diversification géographique du groupe et constitue un atout industriel important. Le carnet de commandes est estimé à environ 5 milliards d’euros, et les chantiers NVL sont capables de produire une large gamme de navires : frégates, corvettes, croiseurs ou encore différents bâtiments militaires spécialisés.

L'avenir de cette division se dessine désormais vers des segments encore plus technologiques comme les destroyers de nouvelle génération et surtout les drones maritimes. En revanche, il est important de garder en tête, que les domaines ultra-spécialisés des porte-avions ou des sous-marins restent pour l'instant la chasse gardée de colosses comme BAE Systems ou Naval Group.

Cette prudence est d'ailleurs une force car elle permet au groupe de se concentrer sur les segments les plus porteurs et les plus dynamiques du marché naval actuel sans s'épuiser dans des programmes de construction s'étalant sur trente ans.

Division digitale

La division digitale occupe une position centrale et transversale au sein de Rheinmetall. Véritable tour de contrôle technologique, elle irrigue l'ensemble des autres pôles d'activité en intervenant sur des segments à haute valeur ajoutée, allant de l'aéronautique de pointe à la surveillance spatiale.

F-35 Lightning II

Ce contrat présente plusieurs intérêts. D’abord, le programme F-35 est un projet de très long terme, offrant une visibilité de revenus sur plusieurs années, voire plusieurs décennies. Ensuite, il constitue un point d’entrée privilégié sur le marché américain, avec la perspective d’obtenir d’autres contrats liés au programme, par exemple dans la fourniture de munitions de 25 mm ou dans les activités de maintenance et de soutien opérationnel.

La division joue également un rôle clé dans la digitalisation des forces armées allemandes. Rheinmetall participe à plusieurs programmes majeurs, allant des systèmes d’analyse du champ de bataille comme l’IES Imagery Exploitation System aux équipements destinés aux soldats sur le terrain.

À cela s’ajoutent des solutions numériques pour les véhicules, les navires ou encore des plateformes de simulation de combat. Sans entrer dans le détail de chaque dispositif, l’ensemble de ces programmes repose sur des contrats de longue durée, souvent supérieurs à 10 ans, pour un potentiel estimé autour de 15 milliards d’euros.

L'ambition la plus spectaculaire de cette division concerne désormais les capacités spatiales. En effet, Rheinmetall a créé avec le spécialiste finlandais ICEYE, une co-entreprise qui a décroché un contrat de 1,7 milliard d'euros auprès de l'armée allemande (programme SPOCK).

Ici, l'objectif est de déployer une constellation souveraine de satellites radar capables de fournir des images haute résolution avec pour plan de réduire la dépendance critique de l'Europe vis-à-vis des solutions privées américaines. En se positionnant sur les satellites ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance), Rheinmetall pourrait devenir un acteur incontournable de la défense orbitale européenne.

Enfin, le groupe accentue ses investissements dans la production de drones et de systèmes autonomes. Ces technologies, devenues le nerf de la guerre dans les conflits contemporains, complètent une offre digitale pensée comme un réseau interconnecté où chaque capteur, du satellite au drone, communique pour offrir une supériorité informationnelle décisive.

Expansion géographique

Maintenant que nous avons passé en revue les différentes activités de l’entreprise, regardons l’empreinte géographique de Rheinmetall.

Bien évidemment, son premier marché reste naturellement l’Allemagne, pays d’origine du groupe, même si l’entreprise cherche à diversifier son exposition géographique, ce qui restera difficile à faire évoluer à la baisse.

Au-delà de son marché domestique, l’entreprise s'efforce de renforcer sa présence en Europe. Pour accélérer son déploiement sur le Vieux Continent, elle mise sur la création de joint-ventures ou le rachat d’actifs industriels, permettant d’implanter des usines directement au plus près des pays clients.

Parmi les principales joint-ventures, on retrouve notamment celle conclue avec Leonardo en Italie. Cette alliance ouvre la voie au remplacement de toute la flotte de chars italiens, soit un potentiel de plus de 20 milliards d’euros. Ce partenariat permet à Rheinmetall de s’ouvrir un marché qui lui était auparavant fermé pour des raisons de préférence nationale.

Source : Le Monde

Ce modèle de coopération devrait se poursuivre dans de nombreux autres pays, permettant d'allier le savoir-faire technologique de Rheinmetall aux exigences de souveraineté industrielle de chaque État.

Rheinmetall est aujourd’hui solidement implantée en Europe centrale et orientale, avec des positions stratégiques, notamment en Roumanie, en Hongrie et en Lituanie. À l'instar de sa stratégie en Italie, le groupe applique la même recette dans cette région pour s'imposer localement.

Le cas de la Roumanie illustre parfaitement cette approche. La joint-venture Rheinmetall Automecanica, créée en 2024, a été immédiatement suivie d’une commande de 298 véhicules Lynx, ainsi que d’un accord pour la construction d’une usine de munitions sur le territoire roumain. Grâce à ces joint-ventures, Rheinmetall arrive à faire baisser progressivement la part de l’Allemagne dans son chiffre d’affaires.

En Ukraine, Rheinmetall s’est imposée dès le début du conflit comme un partenaire majeur des forces armées ukrainiennes, en fournissant notamment des munitions et des services de maintenance essentiels.

Par ailleurs, là aussi, une joint-venture a été créée pour soutenir cet effort industriel. Cette réactivité permet au groupe de verrouiller le marché local, laissant ainsi peu de place à la concurrence européenne.

Volodymyr Zelensky (président ukrainien) et Armin Papperger

Et puis, comme souvent, il y a “l'irréductible Gaulois”. De son côté, la France dispose de ses propres champions industriels de la défense et privilégie largement l'utilisation d'équipements nationaux. Par conséquent, la présence de Rheinmetall dans l'Hexagone reste limitée à sa coopération au sein du groupe franco-allemand KNDS.

Par ailleurs, même dans ce cadre, les relations s'avèrent parfois complexes. KNDS demeure un concurrent de taille à l'exportation, comme l'illustrent les tensions récurrentes autour du projet de char européen MGCS. Ces frictions sont d'autant plus marquées que Rheinmetall développe parallèlement son propre char de combat, le KF51 Panther, qui vient directement concurrencer les futures solutions communes.

🔍️ POUR ALLER PLUS LOIN

La relation entre Rheinmetall et le consortium franco-allemand KNDS est marquée par des tensions régulières :

  1. Le programme MGCS : Censé remplacer les chars Leopard 2 et Leclerc à l'horizon 2040, le projet bilatéral Main Ground Combat System (MGCS) a vu son équilibre initial bousculé. La cohabitation est difficile entre les 2 groupes et génère d'importantes frictions industrielles et un risque d'enlisement politique.

  2. La guerre des canons : Au sein même du MGCS, les deux acteurs se livrent une lutte de leadership féroce sur les standards technologiques. L'affrontement le plus emblématique concerne le canon. Rheinmetall pousse agressivement pour imposer son propre canon de 130 mm, face au modèle ASCALON de 140 mm défendu par KNDS.

  3. Le coup de poker du char KF51 Panther : Pour pallier le risque d'échec du MGCS, Rheinmetall joue un double jeu. L'entreprise a développé sur fonds propres le char KF51 Panther, commercialisé comme une solution de transition disponible bien avant 2040. Cette stratégie défie ouvertement KNDS, mais fait courir à Rheinmetall le risque de froisser définitivement ses partenaires et les États commanditaires du MGCS.

  4. Une bataille de propriété intellectuelle : Cette rivalité a déjà débordé sur le terrain juridique. En 2023, un vif litige a éclaté lorsque le PDG de Rheinmetall a revendiqué publiquement les droits de propriété intellectuelle du célèbre char Leopard 2A4, forçant KMW (composante allemande de KNDS) à l'attaquer en justice avant de trouver un accord à l'amiable.

Parallèlement, l’entreprise cherche à s’implanter durablement aux États-Unis, un marché stratégique. Les acquisitions comme celle de Loc Performance, la participation au programme du chasseur F-35 Lightning II ou encore le développement de sa filiale American Rheinmetall s’inscrivent dans cette logique.

Le partenariat avec Anduril vise également à renforcer cette présence sur le marché américain, en s’appuyant sur un acteur influent de l’écosystème de défense aux États-Unis.

Source : Le Monde

Pour se développer sur ce marché, disposer d’unités de production directement aux États-Unis augmente significativement les chances d’obtenir des contrats publics. Cette stratégie s’inscrit aussi dans un contexte de relocalisation industrielle encouragée par la politique américaine, notamment depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Dans ce cadre, Rheinmetall pourrait notamment remporter des contrats importants comme celui portant sur la fourniture de véhicules Lynx pour l’armée américaine. Les États-Unis devraient ainsi représenter près de 2 milliards d’euros de revenus dès 2027.

Enfin, même si ces régions ne constituent pas encore les piliers du groupe, Rheinmetall étend son influence dans le reste du monde. On note des ventes significatives en Australie, au Qatar, en Afrique du Sud, ainsi qu'un début de relais de croissance prometteur avec l’Inde.

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