SAP : un géant menacé par l’IA ?
#192 Notre analyse fondamentale de SAP
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SAP : un géant menacé par l’IA ?
En plus de 50 ans d’existence, SAP s’est imposée comme le pilier invisible de l’économie mondiale. Depuis sa fondation en 1972, l'entreprise de Walldorf est devenue le leader mondial des logiciels de gestion d'entreprise.
Si sa croissance historique a été plus linéaire que celle des "Magnificent Seven", sa transition réussie vers le modèle Cloud (SaaS) a provoqué une accélération majeure de sa performance boursière ces dernières années, portée par une augmentation des revenus récurrents et une expansion des marges. Jusqu’à l’arrivée de l’IA…

En effet, bien que son activité continue à extrêmement bien se porter, SAP, comme l'ensemble des logiciels est vu par Monsieur Marché comme la fin de son business model.
Dans cette analyse, nous vous proposons de décortiquer le modèle d’affaires de SAP, d’analyser ses avantages compétitifs, d’examiner son pivot vers l'IA et de mettre en lumière les défis posés par la concurrence de Salesforce, Microsoft ou Oracle. Enfin, nous évaluerons si grâce à la chute actuelle, la valorisation actuelle reflète son potentiel de croissance à long terme.
Histoire
L'histoire de SAP commence en 1972, dans la petite ville de Weinheim, en Allemagne, lorsque cinq anciens ingénieurs d'IBM décident de fonder leur propre entreprise.
Leur ambition est de développer un logiciel capable de traiter les données d'entreprise en temps réel, là où les systèmes de l'époque fonctionnaient encore avec des traitements par lots (batch processing).

Ils choisissent le nom “SAP”, pour Systemanalyse Programmentwicklung (Analyse de systèmes et développement de programmes). Le premier client n'est autre que la filiale allemande d'Imperial Chemical Industries (ICI), pour laquelle les fondateurs développent un système de comptabilité financière qui deviendra le socle du futur empire SAP.
⚡️ À NOTER
Parmi les actionnaires actuels, on retrouve toujours les fondateurs, notamment Hasso Plattner, qui détient environ 6,3% du capital. Via leurs holdings respectives, Hasso Plattner et Dietmar Hopp contrôlent ensemble près de 11 % du capital du groupe.
En 1973, SAP lance son premier produit commercial, le système RF (Real-time Financial accounting). Concrètement, c’est un système de comptabilité financière qui jette les bases du système modulaire, connu sous le nom de SAP R/1. Il sera ensuite suivi par d'autres modules couvrant la gestion des achats, des stocks et de la production.
C'est la naissance du concept d'ERP (Enterprise Resource Planning) un logiciel intégré capable de gérer l'ensemble des processus opérationnels d'une entreprise dans un seul système. Pour simplifier, imaginez un système nerveux central qui connecte tous les organes d'une entreprise : les finances, les achats, les stocks, la production, les ressources humaines, la relation client. C'est exactement ça un ERP.
Dans les années 1980, SAP franchit un cap avec le lancement de SAP R/2, et ça ressemblait à ça..

Malgré une interface peu attrayante, ce système était, à l’époque, un véritable bijou technologique. Il permettait notamment de fonctionner sur les mainframes d’IBM, ouvrant ainsi à l’entreprise les portes des grandes multinationales. Petit point définition, car vous vous demandez peut-être ce qu’est un mainframe. Il s’agissait du grand ordinateur central d’une entreprise, auquel étaient reliés de nombreux terminaux afin de permettre à plusieurs utilisateurs de travailler simultanément sur les mêmes systèmes et données.
Aujourd’hui, les mainframes sont devenus beaucoup plus puissants et restent principalement utilisés par de grandes organisations (banques, assurances, gouvernements…) pour traiter d’immenses volumes de données et de transactions de manière fiable et continue.

Cependant, c’est en 1992, avec le lancement de SAP R/3, que l’entreprise devient véritablement un phénomène mondial. En effet, R/3 est le premier ERP basé sur une architecture client-serveur, le rendant bien plus flexible et accessible que les systèmes reposant sur des mainframes.

SAP R/3
Le timing est parfait car la mondialisation s’accélère, les entreprises ont besoin d’intégrer leurs processus à travers plusieurs continents, et SAP est idéalement positionnée pour répondre à cette demande. Entre 1992 et 2000, le groupe connaît une croissance fulgurante, faisant passer son chiffre d’affaires de 400 millions à 6 milliards €.
L’entreprise s’implante alors aux États-Unis et en Asie, avant de devenir le premier éditeur mondial de logiciels d’entreprise. À la fin des années 1990, SAP équipe déjà plus de la moitié des 500 plus grandes entreprises mondiales, parmi lesquelles Coca-Cola et General Electric.
L’éclatement de la bulle internet en 2000 épargne relativement SAP. Contrairement à de nombreux logiciels de l’époque, un ERP est profondément intégré au fonctionnement d’une entreprise. Il est donc pratiquement impossible de le débrancher du jour au lendemain sans paralyser les opérations.
Le groupe poursuit alors son expansion au-delà de l’ERP traditionnel, en se développant dans le CRM (Customer Relationship Management), la gestion de la supply chain ou encore les ressources humaines.
Puis, la période 2010-2019 est marquée par le passage de Bill McDermott à la tête du groupe, un Américain au profil très commercial, qui lance SAP HANA en 2012.

Bill McDermott - Ex-PDG de SAP
En parallèle, Bill McDermott mène une stratégie d’acquisitions particulièrement agressive. Bien que ces acquisitions permettent de construire l’offre cloud de SAP, leur intégration dépasse en partie la capacité d’absorption du groupe et complexifie fortement l’organisation.
Puis, en 2015, SAP lance la nouvelle génération de son ERP : S/4HANA. Pour bien comprendre ce tournant, il faut revenir à la base. L’ancien ERP phare de SAP était un logiciel conçu dans les années 1990 que les entreprises installaient directement sur leurs propres serveurs. Concrètement, le client achetait une licence SAP puis déployait le logiciel dans ses propres data centers. Il devait alors tout gérer lui-même : l’achat et la maintenance des serveurs, leur refroidissement, la cybersécurité, ainsi que l’installation manuelle des mises à jour.
Ce modèle offrait un contrôle total et une personnalisation très poussée du logiciel. En revanche, il était extrêmement coûteux à mettre en place et nécessitait d’importantes équipes techniques en interne. C’est ce qu’on appelle le modèle on-premise, c’est-à-dire “sur site”.
S/4HANA représente la version modernisée de cet ERP, entièrement repensée autour de la base de données HANA et surtout conçue pour fonctionner dans le cloud.

S/4HANA
Concrètement, au lieu d’installer le logiciel sur ses propres serveurs, l’entreprise cliente y accède désormais via Internet, un peu comme on utilise Gmail plutôt qu’un logiciel de messagerie installé localement sur son ordinateur. De son côté, SAP s’occupe de l’hébergement, prend en charge toute la maintenance et met à jour régulièrement sa solution.
En échange, le client paie désormais un abonnement récurrent plutôt qu’une licence unique, c’est le modèle SaaS. Il s’agit d’un changement fondamental de modèle économique, comparable à la transition opérée par Microsoft avec Microsoft 365 ou par Adobe avec Creative Cloud.

En octobre 2019, Bill McDermott quitte finalement le groupe. Après une courte période de co-direction, Christian Klein est nommé seul CEO en avril 2020, en pleine pandémie. À seulement 39 ans, il devient alors le plus jeune dirigeant de l’histoire du DAX.
Christian Klein est entré chez SAP comme étudiant en 1999 avant de gravir progressivement tous les échelons du groupe. Sa mission à son arrivée à la tête de l’entreprise est de simplifier l’organisation et accélérer le virage vers le cloud.

Christian Klein - Bill McDermott
Il lance ainsi RISE with SAP en 2021 afin d’accompagner les grandes multinationales dans leur migration vers S/4HANA Cloud, puis GROW with SAP en 2023, cette fois destiné aux ETI et aux PME.
Dans le même temps, il poursuit la rationalisation du portefeuille d’activités. SAP se sépare notamment de Qualtrics, rachetée 8 milliards de dollars sous l’ère McDermott puis revendue en 2023 pour 7,7 milliards de dollars. En 2024, le groupe lance également un vaste plan de restructuration.
Ces décisions provoquent une forte réaction du marché. À l’automne 2020, l’action SAP chute de plus de 20 %, notamment parce que Christian Klein abandonne les objectifs de croissance particulièrement ambitieux fixés par Bill McDermott.
Mais cette stratégie finit par porter ses fruits. Entre 2020 et février 2025, l’action SAP est multipliée par plus de 3, portée par l’accélération de la migration vers le cloud, l’amélioration des marges et l’enthousiasme des investisseurs autour de l’intelligence artificielle. Cette dynamique a même permis à SAP de devenir, pendant un temps, la première capitalisation boursière d’Europe… avant de chuter d’environ 50 % depuis février 2025, dans un contexte de fortes inquiétudes du marché autour de la capacité de l’IA à remettre en cause les modèles logiciels historiques.

Activités de SAP
Pour comprendre l’ampleur de SAP, le groupe possède plus de 400 000 clients à travers le monde, dont 98 des 100 plus grandes entreprises mondiales. Concrètement, SAP fait tourner une majeur partie de l’économie mondiale. D’ailleurs, selon eux, 77% des transactions commerciales mondiales transitent par un système SAP.
Aujourd’hui, SAP est devenu un modèle majoritairement cloud et récurrent. Cette transformation repose sur un portefeuille d’activités que l’on peut regrouper en 3 segments👇
Cloud (57% du CA). Il s’agit des revenus d’abonnement liés aux logiciels SAP hébergés dans le cloud (SaaS), à la plateforme de développement (PaaS) ainsi qu’aux infrastructures cloud (IaaS). C’est le segment en plus forte croissance et celui qui représente aujourd’hui le principal moteur du futur de SAP.
Support logiciel & licences (31% du CA). Ce sont les revenus des anciennes licences on-premise (le client achète le logiciel une fois et l'installe sur ses propres serveurs) et des contrats de maintenance associés. Ce segment est en déclin structurel organisé par SAP.
Services (12% du CA). Ce sont les revenus du conseil, du support premium et de la formation pour aider les clients à bien utiliser SAP. Ce segment est stable et sert à accélérer les migrations cloud.

Répartition de l’activité - Exercice 2025
Segment Cloud
Pour bien comprendre les enjeux actuels, il faut observer la profonde transformation du modèle économique de SAP avec le passage de la vente de licences à un modèle par abonnement. Depuis 2013, la part du cloud dans le chiffre d’affaires du groupe est passée de 6 à 57%. À l’inverse, le modèle historique basé sur les licences est devenu marginal, passant de 25 à moins de 3% du chiffre d’affaires.

Aujourd’hui, le segment Cloud de SAP a généré 21 milliards d’euros de revenus en 2025, avec une croissance annualisée supérieure à 24 % depuis 2016. Un rythme particulièrement élevé pour un acteur mature du SaaS, alors que la plupart des éditeurs bien établis affichent généralement des croissances comprises entre 10 et 15%.

Pour comprendre cette performance, il est important de bien comprendre la différence fondamentale entre les modèles on-premise et SaaS, que nous avons évoquée dans la partie Histoire. Si le cloud réduit fortement l’investissement initial pour les clients, c’est surtout un moyen de limiter les frictions à l’adoption. Sur le long terme, ce modèle est avant tout extrêmement avantageux pour l’éditeur.
Pour SAP, le cloud a ainsi permis d’augmenter mécaniquement les revenus générés par client. Lorsqu’un client historique migre vers S/4HANA Cloud, sa facture annuelle peut être multipliée par deux, voire par trois.
Dans l’ancien modèle, le client payait principalement une maintenance annuelle représentant environ 17 à 22% du prix initial de la licence, en échange des mises à jour et du support technique. Tout le reste (serveurs, électricité, équipes IT internes, cybersécurité ou sauvegardes) restait à sa charge.
Avec le cloud, SAP facture désormais l’ensemble du package via un abonnement, tout en pouvant déployer plus facilement de nouvelles fonctionnalités, notamment autour de l’intelligence artificielle. Et comme le périmètre fonctionnel des solutions SAP continue de s’élargir, la facture tend elle aussi à augmenter mécaniquement pour les clients.
Avec plus de 141 000 clients ERP dans le monde et seulement 25% de la base installée convertie au cloud fin 2024, SAP dispose encore d’un important réservoir de croissance pour les années à venir. À cela s'ajoute le fait que pour avoir accès à Joule et aux nouveaux agents IA autonomes, il faut obligatoirement être sur le cloud.
Le groupe a fixé la fin du support des anciens ERP on-premise à 2027, avec une extension possible jusqu'en 2030 moyennant une pénalité financière. Les grands comptes voient ainsi leur taux de maintenance grimper de 17 à 19%. Passé ce délai, ils ne recevront plus aucun support technique, ce qui signifie concrètement des failles de sécurité non corrigées, aucune mise en conformité réglementaire, et aucune assistance en cas de panne critique. Pour une entreprise dont l'ERP fait tourner l'intégralité des opérations, c'est tout simplement impensable.

Pour orchestrer cette migration, SAP a mise en place 2 programmes de migration :
RISE with SAP, destiné principalement aux clients historiques et aux grandes entreprises
Et GROW with SAP, pensé davantage pour les nouveaux clients, les PME et les ETI.
Pour expliquer simplement RISE with SAP, on peut l’imaginer comme une offre “all-inclusive” permettant aux grandes entreprises de migrer leurs anciens systèmes informatiques vers le cloud sans avoir à tout reconstruire elles-mêmes.
Lancé en 2021, ce programme regroupe sous un contrat unique plusieurs briques essentielles : S/4HANA dans une version flexible, l’hébergement chez des géants comme Microsoft ou Google, ainsi que la plateforme BTP (Business Technology Platform), qui agit comme une “colle” reliant les différents outils et données de l’entreprise.
C’est un peu l’équivalent d’un service de déménagement premium, où SAP fournit également des assistants dopés à l’intelligence artificielle afin d’automatiser les tâches techniques les plus complexes et d’éviter que les entreprises restent bloquées pendant des mois dans des projets de migration particulièrement lourds.
Pour les très grands groupes, la transition vers le cloud via les contrats RISE représente désormais un investissement significatif. Toutefois, cette migration s'accompagne d'une adoption forte de l'intelligence artificielle, qui équipe déjà plus de 60% de leurs clients cloud.
À l’inverse, pour séduire les entreprises de taille intermédiaire et les start-ups en forte croissance, SAP a lancé début 2023 l’offre GROW with SAP. L’objectif est de conquérir des entreprises réalisant entre 50 millions et 1 milliard € de chiffre d’affaires, un segment où SAP était historiquement peu présent.
Même si le ticket d’entrée reste relativement élevé, autour de 100 000 € par an en moyenne, le succès semble au rendez-vous. Avec plus de 1 500 clients signés, dont une majorité n’avait jamais utilisé SAP auparavant, le groupe démontre sa capacité à s’imposer au-delà de sa base historique de grands comptes.

Ce point est d’autant plus important que ce qui a fait la force de SAP depuis le début, c’est la rétention de ses clients. Aujourd’hui, plus de 85% du chiffre d’affaires du groupe est récurrent et repose sur une fidélité client exceptionnelle. En effet, le taux d’attrition (churn) n’est que d’environ 2%, contre près de 5% en moyenne dans l’industrie du SaaS.
Cette rétention hors norme s'explique par des coûts de changement prohibitifs. Pour une grande multinationale, migrer d'un ERP à un autre représente un projet titanesque sur plusieurs années, tout en faisant peser un risque critique sur la production.

Maintenant que nous avons expliqué le fonctionnement général ainsi que les principaux moteurs du segment Cloud de SAP, rentrons davantage dans le détail car toute cette architecture s’organise autour de trois grands piliers.
On retrouve d’abord les logiciels de gestion, avec l’ERP au cœur du système. Viennent ensuite les outils permettant de personnaliser, connecter et étendre les différentes fonctionnalités, puis enfin l’infrastructure technique qui fait fonctionner l’ensemble.
Le véritable moteur transversal de cet écosystème est toutefois Joule, l’intelligence artificielle développée par SAP. Elle permet de rendre chaque brique du système plus intelligente, automatisée et simple à utiliser.
ERP Suite
C'est bien la suite cloud ERP qui génère la grande majorité des revenus du segment cloud (86% du cloud total, soit 18,1 milliards d'euros en 2025). La dynamique est spectaculaire sur ce sous-segment, avec une croissance de 28% en 2025, et même 32% à taux de change constant.

Le produit phare de SAP dans cette catégorie est SAP S/4HANA Cloud, celui dont nous parlons depuis le début de cette analyse. C’est un ERP intégré qui centralise l’ensemble des fonctions critiques d’une entreprise au sein d’une base de données unique.
Concrètement, une entreprise comme Coca-Cola peut utiliser S/4HANA Cloud pour piloter l’ensemble de ses opérations. Lorsqu’un client passe une commande en ligne, l’information est immédiatement traitée par le système : vérification des stocks, réservation des matières premières, lancement de la production, calcul des coûts, émission de la facture, enregistrement comptable dans plusieurs filiales et devises, puis mise à jour du reporting financier en temps réel. Le tout s’exécute en quelques secondes.
Selon nos estimations, l’ERP représente aujourd’hui près de 33% des revenus du cloud de SAP. Cependant, au-delà de son ERP, SAP a construit un écosystème complet avec une série de modules complémentaires formant ce que l’on appelle la SAP Business Suite.
Pour simplifier, on peut visualiser le cloud SAP comme une pyramide. À sa base se trouve S/4HANA Cloud, qui assure la gestion du cœur opérationnel et financier de l’entreprise. Au-dessus viennent des modules spécialisés couvrant des fonctions métiers spécifiques : achats et dépenses, ressources humaines, relation client, trésorerie, ou encore intelligence artificielle.

L’ensemble repose sur SAP Business Technology Platform (BTP), qui constitue la fondation technique de la suite. C’est cette plateforme qui permet d’intégrer les systèmes, d’automatiser des processus, de développer des extensions et de connecter les applications SAP à des logiciels tiers. Sans BTP dans leurs abonnements, les clients peuvent utiliser l’ERP standard, mais ne peuvent pas réellement étendre ou intégrer facilement d’autres modules. C’est pour cela qu’elle représente près de 19% des revenus cloud du groupe.
Pour faire simple, le client peut choisir les briques qu’il souhaite au sein de l’écosystème. Il peut, par exemple, utiliser SAP uniquement pour gérer ses ressources humaines via SAP SuccessFactors, sans nécessairement adopter l’ERP central. Cela a peu de sens d’un point de vue intégration, mais reste techniquement possible.
Ainsi, le client dispose d’un grand nombre de choix de modules spécialisés à implanter au sein de son entreprise. Voici les plus incontournables👇

Christian Klein, le CEO de SAP, explique bien la philosophie derrière cette architecture. Selon lui, un client peut démarrer avec un seul domaine, par exemple la finance, la supply chain ou les RH, puis élargir progressivement son usage dans la suite au fil du temps.
Cette logique de "land and expand" est extrêmement puissante puisqu’une fois qu'un client a choisi SAP pour sa finance, l'effort pour ajouter le module RH ou le module supply chain est minime (les données circulent déjà de manière native entre les modules), alors que les coûts de changement pour aller chercher un module équivalent chez un concurrent sont énormes.

C’est précisément ce qui pousse les entreprises à rester dans l’écosystème SAP. Un directeur financier utilisant déjà SAP pour la comptabilité a peu d’intérêt à basculer vers un concurrent comme Workday pour les ressources humaines, alors qu’il peut activer SAP SuccessFactors dans le même environnement intégré. C’est pourquoi, selon nos estimations, ils représentent une part significative des revenus cloud :
Business Network : le pôle de spend management de SAP, représente plus de 20 % des revenus cloud
Human Capital Management (HCM) : environ 17%
Customer Experience (CX) : environ 7 % du chiffre d’affaires cloud
Concrètement, l’intégration entre les différents modules représente un gain de temps considérable pour les entreprises car les données de paie alimentent directement la comptabilité, les achats fournisseurs s’imputent automatiquement dans la supply chain, et les commandes clients déclenchent instantanément la production dans les usines.

De plus, ces modules sont également souvent leaders dans leurs catégories, SAP ayant racheté certains des acteurs les plus performants du marché avant de les adosser à son ERP. Ils répondent à des besoins métiers très spécifiques que l’ERP seul ne peut pas couvrir, comme le calcul complexe des bonus variables, la gestion multi-pays des règles de déplacement professionnel ou encore la modélisation des processus de conformité réglementaire.
Cependant, tous les modules spécialisés ne sont pas automatiquement inclus dans un même sous-segment. Lorsqu’un module est vendu comme une capacité intégrée de la suite autour du cloud ERP, SAP le rattache au segment Cloud ERP Suite dans son reporting financier. En revanche, certains produits qui étendent la couverture fonctionnelle au-delà de cette suite intégrée, sont classés dans le segment Extension Suite.
Extension Suite
L’Extension Suite regroupe l’ensemble des produits cloud qui viennent compléter le Cloud ERP Suite sans en constituer le cœur. Concrètement, il s’agit de briques additionnelles qui s’ajoutent au dispositif principal, mais qui ne font pas partie du package central construit autour de l’ERP cloud.
SAP ne publie pas de liste détaillée de ces solutions, mais il s’agit généralement de modules très spécialisés, parfois orientés vers des besoins métiers ou des verticales industrielles de niche. En 2025, ce sous-segment a généré 2,56 milliards € de revenus, en croissance d’environ 5% par rapport à 2024.
Cette dynamique est nettement inférieure à celle du Cloud ERP Suite, qui affiche une croissance proche de 28%. Cela s’explique assez logiquement car les produits de l’Extension Suite ne bénéficient pas du même effet de verrouillage que l’ERP central. Les clients peuvent plus facilement les substituer ou les remplacer par des solutions concurrentes sur des besoins très spécifiques.
Selon nos estimations, la part de l’Extension Suite dans le cloud total devrait continuer à reculer progressivement, passant d’environ 12% en 2025 à près de 8% en 2028. Non pas en raison d’un déclin absolu de l’activité, mais simplement parce que la croissance du Cloud ERP Suite est structurellement beaucoup plus rapide.
IaaS
Le troisième pilier de l'offre Cloud est l'Infrastructure en tant que Service, plus connue sous le nom d'IaaS, qui correspond à la location brute de puissance de calcul, de stockage et de réseau.
Si SAP hébergeait historiquement une partie de ses clients dans ses propres data centers, le groupe a opéré un virage majeur en orchestrant le déclin volontaire de cette activité. Ce choix permet à l’éditeur de se concentrer exclusivement sur les logiciels et les plateformes, là où les marges sont nettement supérieures.
En 2025, les revenus de ce segment ont ainsi chuté de 36 % pour s’établir à 345 millions d’euros, et nous pensons que cette décroissance se poursuivra jusqu’à ce que l’IaaS représente moins de 1 % de l’activité cloud totale d’ici 2030.
Ce désengagement s’explique par la domination sans partage des hyperscalers (Amazon, Microsoft et Google). Ces acteurs bénéficient d’économies d’échelle telles que SAP ne pourrait jamais espérer rivaliser sur le terrain de l’infrastructure pure. Plutôt que de s’engager dans une compétition perdue d’avance, SAP a décidé de devenir partenaire. Un exemple marquant est l’accord de 7,8 milliards $ conclu avec Amazon Web Services pour soutenir les initiatives de cloud souverain en Europe.

Les Capex explosent..
Aujourd’hui, des solutions comme SAP S/4HANA Cloud tournent majoritairement sur les infrastructures de ces partenaires, permettant à SAP de se concentrer sur la partie la plus à forte valeur ajoutée.
Cette stratégie fait de SAP l’un des plus gros clients mondiaux de ces fournisseurs d’infrastructure, auxquels il consacre environ 26% de ses dépenses opérationnelles. Si cette situation crée une forme de dépendance vis-à-vis des hyperscalers, elle clarifie surtout les rôles de chacun. Les fournisseurs tiers s'occupent de la tuyauterie tandis que SAP se concentre sur les processus financiers, logistiques et humains des entreprises.
Joule
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Nous évoquons les autres segments, la répartition géographique, l’analyse financière, le paysage concurrentiel, les avantages concurrentiels, les risques ainsi que la valorisation.
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